5.2 Prévalence de la santé et des maladies psychiques

Ci-après sont exposés les chiffres sur la prévalence, tout d’abord relatifs au bien-être, ensuite sur les maladies psychiques et enfin sur l’instabilité des enfants, des adolescents et des jeunes adultes en Suisse. Les données considérées sont principalement celles qui sont représentatives pour la Suisse.

     Les notions de «trouble psychique» et de «maladie psychique» sont utilisées comme synonymes dans ce chapitre et exclusivement en lien avec les relevés et les études qui s’appuient sur des instruments diagnostiques valables. L’ «instabilité psychique», en revanche, se réfère aux résultats basés sur l’utilisation d’instruments d’évaluation (p. ex. sous forme de questionnaires et d’échelles) et n’ont pas de valeur diagnostique.

     On parle ici majoritairement de prévalence à un moment donné, c’est-à-dire que les réponses se rapportent au moment de l’enquête. Par contre, si la période s’étendant sur les douze mois précédents est prise en considération, il s’agit d’une prévalence annuelle. Les deux valeurs ne peuvent pas être comparées directement.

Bien-être


Enfants de 0 à 10 ans


Le bien-être et la qualité de vie n’ont pas été régulièrement évalués en Suisse à l’aide d’un échantillon représentatif d’enfants de 0 à 10 ans. Les enquêtes cantonales sur la santé menées dans les écoles se concentrent de manière générale sur l’instabilité et les maladies et non sur le bien-être.

     L’évaluation de la santé générale des enfants peut servir pour s’en faire une idée, car elle comprend des aspects du bien-être psychique et social ainsi que de la qualité de vie en matière de santé, parallèlement aux aspects de santé physique (Erhart et al., 2009). Dans l’ESS 2017, les parents de 98% des enfants âgés de 0 à 10 ans ont estimé leur état de santé général comme étant bon ou très bon. À titre de comparaison, dans la deuxième partie de l’étude sur la santé des enfants et des adolescents en Allemagne (KiGGS, 2014–2017), 96–97% des 3–10 ans présentent un bon état de santé général (Poethko-Müller et al., 2018).

Enfants et adolescents de 11 à 15 ans


L’étude HBSC pour la Suisse fournit des données représentatives pour la tranche d’âge des 11–15 ans. La bonne santé psychique et le bien-être sont représentés approximativement par deux indicateurs dans cette enquête.

     Le premier est l’état de santé subjectif (cf. chapitre Santé physique et développement). En effet, être en mauvaise santé signifie moins pour les enfants et les adolescents être malade au sens strict du terme qu’être atteints dans leur bien-être. Cela signifie surtout qu’ils sont déstabilisés au niveau émotionnel et relationnel (Bantuelle & Demeulemeester, 2008). En 2018, la plupart des répondants âgés de 11 à 15 ans estiment que leur santé est bonne, voire excellente (88,5%). Les garçons sont un peu plus nombreux à le penser que les filles (cf. tableau T5.1). Par rapport à la dernière enquête HBSC réalisée en 2014, la part des enfants en bonne, voire en excellente santé est un peu moins élevée, chez les garçons (2018: 90,8% vs 2014: 92,7%) comme chez les filles (86,1% vs 90,0%). En comparaison avec la plupart des autres pays, les valeurs pour la Suisse en 2014 sont supérieures à la moyenne – similaires à celles de l’Italie et légèrement plus élevées que celles recensées en France et en Allemagne (cf. Inchley et al., 2016, p. 72–73). Les chiffres internationaux pour 2018 n'étaient pas encore disponibles au moment de la finalisation de ce rapport.

La plupart des 11 à 15 ans estiment que leur santé et leur qualité de vie est bonne ou très bonne. Les valeurs des garçons sont légèrement plus élevées que celles des filles.

      Le deuxième indicateur utilisé pour mesurer le bien-être est la satisfaction face à la vie. Les écoliers évaluent leur satisfaction face à la vie entre 0 («la pire vie imaginable pour toi») et 10 («la meilleure vie imaginable pour toi»). Les valeurs à partir de 6 correspondent à une bonne qualité de vie (Delgrande Jordan & Eichenberger, 2016). D’après l’enquête HBSC 2018, 87,2% des jeunes interrogés évaluent leur qualité de vie comme étant, au minimum, bonne (valeurs entre 6 et 10) et 61,5% comme étant très bonne (valeurs entre 8 et 10). Au total, la part des garçons ayant une bonne, voire une très bonne qualité de vie est légèrement supérieure à celle des filles (cf. tableau T5.1). Les écoliers issus de l’immigration – c.-à-d. ceux dont un des parents au moins est né à l’étranger – font moins souvent état d’une qualité de vie bonne à très bonne que les écoliers dont les deux parents sont nés en Suisse (83.9% vs 91,2%).

       Une comparaison internationale des jeunes âgés de 11, 13 et 15 ans montre que les valeurs relevées en Suisse pour l’année 2014 se situent toutes en dessus de la moyenne de l’ensemble des 42 pays participants. Le degré de satisfaction dans la vie des écoliers est similaire en Suisse à celui des écoliers autrichiens, mais quelque peu supérieur à celui des écoliers italiens, français ou allemands (cf. Inchley et al., 2016, p. 76–77). Les chiffres internationaux pour 2018 n'étaient pas encore disponibles au moment de la finalisation de ce rapport.

Adolescents et jeunes adultes de 16 à 25 ans


Selon l’ESS 2017, la grande majorité (env. 95%) des 16–25 ans décrivent leur état de santé général et leur qualité de vie comme étant bons, voire très bons. Ce pourcentage est plus élevé que celui de la totalité de la population suisse (à partir de 15 ans). La moitié des jeunes hommes (49,7%) présente un niveau élevé d’énergie et de vitalité, contre seulement un tiers des femmes (33,3%). Les jeunes femmes rapportant un niveau élevé d’énergie et de vitalité sont également moins nombreuses en comparaison avec la population féminine en général (43,6%) (cf. tableau T5.1).

     Par rapport à la population suisse dans son ensemble, les 16–25 ans ont moins souvent le sentiment de pouvoir déterminer eux-mêmes leur vie (sentiment de maîtrise de la vie; 29,8% vs 37,4%) et disposent d’un sentiment d’efficacité personnelle plus bas (évaluation de ses propres compétences et possibilité de contrôler ses actes de manière réussie; 65,7% vs 71,8%). Comme on peut le constater dans le tableau T5.1, il n’y a pas de différence entre les jeunes hommes et les jeunes femmes pour ces deux indicateurs.

Image
T5.1

Résumé bien-être


La grande majorité des enfants et des adolescents en Suisse font état d’un niveau élevé de bien-être. On le constate aussi bien dans l’évaluation de l’état de santé général que dans celle relative à la qualité de vie et à la satisfaction dans la vie. Dans l’ensemble, selon l’ESS 2017, la part des personnes en Suisse dont la santé ou la qualité de vie sont bonnes, voire très bonnes, est élevée; selon le groupe d’âge et le sexe, elle se situe entre 94 et 98%. Ces valeurs sont similaires aux chiffres relatifs au bien-être des enfants et des adolescents en Allemagne (cf. Poethko-Müller et al., 2018; Ellert et al., 2014).

     Les valeurs de l’enquête HBSC 2018 sont un peu plus basses, entre 84 et 91%. La comparaison de l’ESS 2017 et de l’HBSC 2018 est cependant limitée, car les deux enquêtes se distinguent en termes de type de questionnaire (évaluation par des tiers ou autoévaluation) et au niveau des questions portant sur le bien-être et l’état de santé.

     Si l’on compare les valeurs HBSC recensées en 2014 et celles des autres pays parti­cipants, les chiffres suisses sont supérieurs à la moyenne internationale. Dans l'ensemble, toutefois, les données ne permettent qu'une évaluation relativement superficielle du bien-être. On ne dispose quasiment pas de données spécifiques sur les différentes facettes du bien-être, telles que la satisfaction face à la vie, le développement personnel ou l’autonomie.

Maladies psychiques


Âge au moment de l’apparition de la maladie


Les troubles psychiques sont déjà répandus pendant l’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte. En fonction de l’âge de développement, différents types de troubles prédominent. Cela apparaît particulièrement lorsqu’on considère l’âge au moment de la première manifestation de chaque trouble, c’est-à-dire l’âge auquel la maladie apparaît pour la première fois.

     Le tableau T5.2 présente une sélection des maladies psychiques les plus fréquentes pendant l’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte ainsi que la proportion de premières manifestations de la maladie par tranche d’âge (Warnke & Lehmkuhl, 2011). On observe, par exemple, que jusqu’à 10% des troubles anxieux apparaissent déjà pour la première fois durant la petite enfance (1–5 ans) et que le pic de la première apparition de la maladie survient au milieu de l’enfance (6–9 ans). Les quatre cinquièmes environ des troubles anxieux apparaissent pour la première fois au cours des 25 premières années de vie (Kessler et al., 2005).

     L’âge de la première manifestation de la maladie diffère selon le type de maladie psychique. Les troubles de la régulation (pleurs excessifs, problèmes d’endormissement et d’alimentation) surviennent principalement au début de l’enfance alors que les maladies telles que l’anxiété et le TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité, c’est-à-dire difficulté d’attention et de concentration, comportement impulsif, agitation excessive) apparaissent le plus souvent au milieu, voire à la fin de l’enfance pour la première fois. Les troubles affectifs (p. ex. dépression) et ceux liés à la consommation de substances se manifestent, en revanche, surtout à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

     D’après les études internationales, les troubles extériorisés (TDAH, troubles du comportement social/troubles oppositionnels) et les troubles anxieux (cf. Lauth & Mackowiak, 2004; Rüesch & Maeder, 2010) surviennent surtout pendant l’enfance (jusqu’à 13 ans). À l’adolescence, les troubles dépressifs sont plus fréquents et les troubles alimentaires et ceux liés à la consommation de substances augmentent (cf. p. ex. Ford et al., 2003; Lauth & Mackowiak, 2004; Buka et al., 2002).

 

Image
T5.2

Prévalence des maladies psychiques des enfants et des adolescents en Suisse


Pour plusieurs des troubles mentionnés dans le tableau T5.2, il n’existe pas de données représentatives pour la Suisse, particulièrement pour les troubles de la petite enfance. Il existe une seule étude représentative sur la prévalence des maladies psychiques des enfants et des adolescents pour la Suisse, la Zurich Epidemiological Study of Child and Psychopathology, (ZESCAP, p. ex. Steinhausen et al., 1998). Cette étude a analysé en 1994 un échantillon d’écoliers âgés de 6 à 17 ans représentatif du canton de Zurich; elle a été suivie en 1997, 2001 et 2005 de trois autres recensements (Zurich Adolescent Psychology and Psychopathology Study; ZAPPS, p. ex. Steinhausen & Winkler Metzke, 2007). Les chiffres suivants se fondent sur les résultats de la ZESCAP et sur la première enquête qui a suivi en 1997. Par la suite, les échantillons n’étaient plus représentatifs.

     En 1994, des troubles psychiques ont été diagnostiqués chez 22,5% des 6–17 ans par le biais d’entretiens avec les parents (prévalence sur 6 mois, Steinhausen et al., 1998). Les troubles les plus fréquents étaient l’anxiété (11,4%), les tics (6,0%), le TDAH (5,3%) et les troubles oppositionnels (2,1%). Les troubles affectifs (0,7%) et ceux liés à la consommation de substances (0,3%) ont été moins souvent diagnostiqués.

     La prévalence totale chez les enfants de 6 à 9 ans (31,3%) et ceux de 10 à 13 ans (25,4%) était supérieure à celle relevée chez les adolescents de 14 à 17 ans (12,8%). D'autres études ont également montré que la prévalence totale tendait à diminuer légèrement à l'adolescence (par exemple, Costello et al., 2003), ce qui dépend fortement des groupes de troubles étudiés (voir Costello et al., 2011, Steinhausen & Winkler Metzke, 2003): Le TDAH et les troubles oppositionnels diminuent avec le passage de l'enfance à l'adolescence, tandis que la dépression, les troubles liés à la consommation de substances et certaines formes de troubles anxieux augmentent. En revanche, les troubles affectifs étaient plus fréquents dans le groupe le plus âgé (1,3% pour les 14–17 ans, 0,6% pour les 10–13 ans contre 0% entre la sixième et la neuvième année).

Il n'existe pas de données suisses actuelles et représentatives sur les taux de prévalence des troubles spécifiques, tant pour les enfants et les adolescents que pour les jeunes adultes.

     De manière générale, les troubles psychiques touchent plus souvent les garçons (28,5%) que les filles (15,6%). Cette différence entre les genres se voit également dans les études internationales, mais les filles sont plus souvent touchées que les garçons par certains groupes de troubles (p. ex. troubles affectifs; Petersen et al., 2006; Roberts et al., 2007; Costello et al., 2011). Avec l’âge, ces différences s’estompent. Les garçons présentent plutôt des troubles externalisés tels que le TDAH ou les troubles du comportement social alors que les filles sont plutôt touchées par des problèmes internalisés comme les troubles affectifs et l’anxiété (Costello, 2011).

     Pour la deuxième enquête, en 1997 (3 ans plus tard), seuls les adolescents âgés de 14 à 20 ans ont été pris en compte. Les parents ont été interviewés, à l'aide de la version allemande du Diagnostic Interview Schedule for Children (Schaffer et al., 1993) mais aussi les jeunes. D’après les réponses des parents, 8% des adolescents sont atteints d’un trouble psychique diagnosticable selon le DSM-III-R; l’autoévaluation des jeunes montre que 20% d’entre eux sont touchés (prévalence sur 6 mois; Steinhausen & Winkler Metzke, 2002). Les troubles affectifs touchent 1,2% des jeunes dans l’évaluation des parents, mais 5,1% d’entre eux sur la base des interviews avec les adolescents (Steinhausen & Winkler Metzke, 2003). Les nettes différences relevées entre les évaluations des parents (évaluation par des tiers) et celles des enfants et des adolescents (autoévaluation) sont confirmées dans les études internationales. Pendant l’enfance, et surtout l’adolescence, les parents sous-estiment la fréquence des troubles internalisés, alors que les adolescents ont tendance à sous-évaluer les troubles externalisés (cf. p. ex. Eschmann, Weber Häner & Steinhausen, 2007; Holmbeck et al., 2002).

     Deux études ont été menées récemment en Suisse sur des groupes de troubles psychiques spécifiques dans le cadre d’enquêtes représentatives. L'étude Optimus a permis de définir le taux de prévalence du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) dans le cadre d’une enquête auprès des élèves de neuvième année. Atteignant 6,2% chez les filles et 2,4% chez les garçons, le taux de prévalence du SSPT chez les adolescents en Suisse est très élevé (Landolt et al., 2013). La deuxième ’étude, menée par la Swiss University Study of Nutrition auprès d'élèves âgés de 8 à 13 ans en Suisse alémanique et en Suisse romande, a montré que 3% des enfants avaient un comportement alimentaire restrictif selon les critères du DSM–5 relatifs au trouble de restriction ou d’évitement de l'apport alimentaire (Kurz et al., 2015).

Résumé maladies psychiques


Les données actuelles et représentatives pour la Suisse relatives aux taux de prévalence des troubles spécifiques font défaut, tant pour les enfants et les adolescents que pour les jeunes adultes. Jusqu’à aujourd’hui, sont citées les valeurs de référence de l’étude réalisée dans le canton de Zurich en 1994 et intitulée Zurich Epidemiological Study of Child and Adolescent Psychopathology (ZESCAP) ainsi que celles des études longitudinales qui ont suivi, les Zürcher Adoleszenten-Psychologie- und Psychopathologie-Studie (ZAPPS). Ces études montrent que 31,3% des 6–9 ans, 25,4% des 10–13 ans et 12,8% des 14–17 ans du canton de Zurich ont été touchés par une maladie psychique au cours des six mois précédant l’enquête (Steinhausen et al., 1998). La prévalence totale s’élevait à 22,5% (6–17 ans). Les troubles les plus fréquents étaient l’anxiété (11,4%), les tics (6,0%), le TDAH (5,3%) et les troubles oppositionnels (2,1%). Les troubles affectifs (0,7%) et ceux liés à la consommation de substances (0,3%) apparaissaient moins souvent. Il est difficile d’estimer dans quelle mesure ces chiffres sont pertinents à l’heure actuelle et à l’échelle nationale. Les comparaisons avec les études internationales les plus récentes mettent une autre difficulté en évidence: les taux de prévalence varient considérablement. Cela est dû notamment aux différents outils de relevé, aux groupes d’âge considérés et à la période déterminée de l’apparition du trouble. Les chiffres actuels autrichiens (2013–2015) relatifs aux 10–18 ans montrent une prévalence totale de 22–24% avec comme diagnostics les plus fréquents les troubles anxieux (10,2%), le TDAH (4,0%) et les tics (2,2%) ainsi que les troubles dépressifs (2,8%) (Wagner et al., 2017). Ils correspondent aux chiffres de l’étude zurichoise. Cependant, là aussi, une comparaison directe est compliquée, du fait de la différence entre les groupes d’âges considérés (6–17 ans vs 10–18 ans) et des périodes de prévalence appliquées (prévalence sur 6 mois vs prévalence à un moment donné).

L’instabilité psychique


Enfants de 0 à 10 ans


Dans la Swiss Preschoolers’ Health Study (SPLASHY), une étude sur la santé des enfants en âge préscolaire dans les cantons d’Argovie, de Berne, de Fribourg, de Vaud et de Zurich, l’appréciation donnée par les parents indiquait qu’environ 7% des 2–6 ans montraient des signes d’instabilité psychique au moment de l’enquête (Stülb, et al., 2018). En plus de la prévalence globale de l’instabilité psychique, la fréquence de chaque groupe de symptômes a été recensée. Selon les parents, 8,2% des enfants avaient des problèmes avec leurs camarades, 7,6% des troubles du comportement, 5,3% présentaient de l’hyperactivité et 4,3% des problèmes émotionnels (cf. chapitre Santé physique et développement). Les problèmes persistaient encore douze mois après chez seulement 1,8 à 3,0% des enfants. Ce taux de persistance comparativement bas contredit les résultats d’autres études (Lavigne et al., 1998; Bufferd et al., 2012). Bufferd et al. (2012) ont observé que la moitié des enfants de trois ans atteints d’un trouble psychique en souffrait toujours à l’âge de six ans. Dans cette étude, les enfants ont été évalués au cours d’entretiens diagnostiques ciblant des troubles psychiques spécifiques. Les différences entre les taux de persistance reflètent peut-être la difficulté de diagnostiquer précisément l’instabilité ou les troubles psychiques chez les enfants en âge préscolaire, notamment parce que les instruments de mesures doivent prendre en compte la dynamique d’évolution rapide qui caractérise les jeunes années (Egger et al., 2011 Briggs-Gowan et al., 2006).

     Le questionnaire de l’ESS 2017 adressé aux parents a montré que 7,6% des 0–10 ans souffraient d’instabilité psychique au moment de l’enquête, les garçons plus souvent que les filles. Des signes d’hyperactivité ont été observés dans 5,9% des cas, des problèmes de comportement dans 2,3% des cas et des problèmes émotionnels dans 0,9% des cas1. Ces chiffres sont nettement plus bas que ceux de l’étude allemande BELLA (cf. encadré) qui constate une instabilité psychique chez 10,2% des 3–6 ans et 19,8% des 7–10 ans (Klasen et al., 2017). Les chiffres de l'ESS 2017 sont probablement trop bas, seules trois questions sur 25 du questionnaire SDQ (Strength and Difficulties Questionnaire; cf. par ex. Goodman, 1997) ayant été posées aux personnes interrogées, ce qui limite fortement la recherche de caractéristiques particulières, contrairement à ce qui a été fait dans l’étude BELLA. Les chiffres actuels du deuxième volet de l’étude allemande KiGGS (2014–2017) indiquent que selon l’âge et le sexe, entre 13,8% et 22,2% des 3–11 ans souffrent d’instabilité psychique (Klipker et al., 2018). 

  • 1. Les enfants dont les parents sont issus de l’immigration tendent à souffrir plus souvent d’instabilité psychique(8,6% vs 7,0%). La différence n’est pas statistiquement significative.

Enfants et adolescents de 11 à 15 ans


Selon l’évaluation donnée par les parents dans l’ESS 2017, 7,5% des 11–14 ans souffraient d’une instabilité psychique au moment de l’enquête; 9,3% des garçons et 5,6% des filles. L’étude allemande BELLA, basée sur la version complète des mêmes instruments de mesure (SDQ), montre encore une fois une fréquence beaucoup plus élevée d’instabilité psychique: 22% des 11–13 ans et 17,3% des 14–17 ans (Klasen et al., 2017).

     Dans l’étude HBSC, on a demandé aux écoliers combien de fois ils avaient été touchés par certains symptômes psychoaffectifs au cours des six mois précédents. Ces symptômes étaient les suivants: tristesse, mauvaise humeur, nervosité, fatigue, anxiété, contrariété et difficultés d’endormissement. Le graphique G5.1 montre comment a évolué la proportion d’enfants de 11 à 15 ans qui souffrent de deux symptômes au moins de manière répétée, voire chronique (plusieurs fois par semaine au minimum). Il montre également l’évolution de la fréquence des symptômes individuels.

     La part des enfants et des adolescents atteints de symptômes psychoaffectifs multiples a augmenté entre 2002 et 2014 de 27,4% à 35,2%. En 2018, elle s’élevait à 34,3%, un résultat proche de celui de 2014. On constate surtout une hausse de la fréquence de la fatigue et des difficultés d’endormissement (respectivement 13,0 et 5,5 points de pourcentage de plus entre 2002 et 2018). Dans l’enquête HBSC actuelle, environ 27,1% des garçons et 41,8% des filles rapportent des symptômes psychoaffectifs multiples. La fatigue et les difficultés d’endormissement sont les symptômes les plus souvent cités par les jeunes (respectivement 39,8% et 24,6%) quel que soit leur genre. La part de filles est supérieure à celle de garçons pour l’ensemble des symptômes. L’écart le plus marqué concerne la tristesse (23,8% vs 8,8%) et le moins prononcé, la contrariété/colère (18,7% vs 14,3%). Les écoliers issus de l’immigration (au moins un des parents né à l’étranger) présentent plus souvent que les autres des symptômes psychoaffectifs: 38.3% disent souffrir plusieurs fois par semaine de troubles multiples. La proportion est de 30.0% chez les écoliers non issus de l’immigration (parents nés en Suisse).

Image
G5.1

La part des 11 à 15 ans atteints de symptômes psychoaffectifs multiples a augmenté depuis 2002. En 2018, la fatigue et les difficultés d’endormissement sont les symptômes les plus souvent cités par les jeunes quel que soit leur genre.

    Aucun chiffre ne permet d’établir des comparaisons internationales pour les symptômes psychoaffectifs (l’indicateur n’est calculé sous cette forme que pour la Suisse). C'est pourquoi on a recouru ci-après aux chiffres de l'enquête HBSC 2014 décrivant les symptômes psychosomatiques. Les symptômes psychosomatiques sont recensés au moyen de la check-list «HBSC Symptom Checklist» (HBSC SCL) qui porte sur la fréquence de huit symptômes physiques et psychiques. En comparaison internationale, la part des écoliers suisses ayant souffert de deux symptômes ou plus, et cela plusieurs fois par semaine au minimum, au cours des six mois précédant l’enquête, se situe dans la moyenne. La part des écoliers présentant des symptômes psychosomatiques est plus élevée en Suisse qu’en Allemagne et en Autriche, mais elle se situe nettement en dessous des moyennes française et italienne (cf. Inchley et al., 2016, p. 80–81). Les chiffres internationaux pour 2018 n'étaient pas encore disponibles au moment de la finalisation de ce rapport.

     Dans l’enquête HBSC 2018, 4,2% des 14–15 ans ont indiqué avoir reçu un diagnostic médical de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Ce diagnostic est significativement plus fréquent chez les garçons que chez les filles (5,9% vs 2,6%). Les chiffres correspondent plus ou moins aux données sur la prévalence du DSM-5 (APA, 2015) selon lesquelles environ 5% des enfants sont atteints d’un TDA/H.

      La part d’enfants trop maigres et ayant une perception altérée de leur corps est évaluée sur la base des données de l’enquête HBSC 2018. Elle concerne les écoliers dont l’indice de masse corporelle (IMC) est moins élevé que celui de 95% des enfants du même groupe d’âge (5e percentile; cf. DSM-5), mais qui se sentent tout de même un peu, voire beaucoup trop gros. Les symptômes de «poids significativement bas» et d’«altération de la perception de son propre corps» faisant partie des symptômes principaux de l’anorexie mentale (cf. DSM-5, p. 463), ils peuvent indiquer un problème d’anorexie. La part des 11–15 ans indiquant des signes d’anorexie mentale est inférieure à 1% chez les filles comme chez les garçons. Selon le DSM-5, la prévalence sur douze mois pour l’anorexie mentale chez les jeunes femmes est estimée à 0,4% (cf. également Nagl et al., 2016). La prévalence chez les garçons et les hommes est peu connue. On suppose cependant qu’elle est nettement plus basse que chez les filles et les femmes.

Adolescents et jeunes adultes de 16 à 25 ans


L’ESS 2017 montre qu’environ 22% des répondants âgés de 16 à 25 ans présentent une instabilité psychique (cf. tableau T5.3). Ainsi, une personne sur sept rapporte des symptômes dépressifs moyens à sévères au cours des deux semaines précédant l’enquête (13,5%) ou des problèmes psychiques moyens ou importants au cours des quatre semaines précédentes (14,4%). En outre, 3,9% des 16–25 ans ont indiqué avoir souffert d’une dépression au cours des douze mois avant l’enquête. Comparé à l’ensemble de la population suisse, les adolescents et les jeunes adultes rapportent nettement plus de symptômes dépressifs (13,5% vs 8,6%), mais sensiblement moins de dépression (3,6% vs 6,6%). En revanche, aucune différence significative n’est observée quant aux problèmes de santé ayant une cause psychique chroniques et limitant la personne concernée (depuis au moins 6 mois): ils touchent 11,2% des 16–25 ans et 8,2% de la population totale.

     Globalement, les jeunes filles et les jeunes femmes souffrent plus fréquemment de problèmes psychiques que les jeunes hommes (18,6% vs 10,4%). La différence entre les genres est particulièrement nette chez les 16–20 ans: 20,1% des femmes et 8,4% des hommes rapportent des problèmes psychiques. Elle se retrouve également dans la question sur la dépression (femmes: 5,2% vs hommes: 2,7%), mais pas pour les symptômes dépressifs (cf. tableau T5.3).

     Les adolescents et les jeunes adultes issus de l’immigration souffrent plus souvent que les autres d’instabilité psychique: 20,2% font état de problèmes psychiques moyens ou importants et 11,8% de symptômes dépressifs moyens à sévères. Les proportions sont nettement plus faibles chez les adolescents et les jeunes adultes non issus de l’immigration (11,5% et 6,7%). 

La part des 16 à 25 ans qui souffrent de symptômes dépressifs moyens à sévères a augmenté de 10,4% à 13,5% entre 2012 et 2017.

     Une comparaison dans le temps indique chez les 16–25 ans une tendance au recul pour les problèmes psychiques, mais celle-ci est moins forte que dans la population totale (à partir de 15 ans): les problèmes psychiques ont sensiblement baissé entre 2012 et 2017 (18,0% vs 15,1%). La tendance inverse est observée pour les symptômes dépressifs: la part des 16–25 ans qui souffrent de symptômes dépressifs moyens à sévères a augmenté de 10,4% à 13,5% entre 2012 et 2017. Cette évolution est principalement due à la hausse significative des symptômes dépressifs dans le groupe des 16–20 ans (10,4% vs 14,7%). Chez les 21–25 ans, la tendance est similaire, mais statistiquement non significative (10,4% vs 12,4%). On constate également une augmentation des problèmes de santé chroniques ayant une cause psychique entre 2012 et 2017; elle est significative dans l’ensemble de la population (6,2% vs 8,2%) et tendancielle chez les jeunes (9,0% vs 11,2%).

Image
T5.3

     Au cours de l’année précédant l’enquête, 5,3% des 16–25 ans ont été traités pour un problème psychique, les femmes (7,0%) nettement plus fréquemment que les hommes (3,6%). Cet écart se voit également dans la population globale (7,7% vs 4,4%). La grande majorité (90,4%) a consulté un spécialiste (psychologue, psychothérapeute ou psychiatre). Dans la population suisse en général, on a observé une hausse entre 2002 et 2017 des personnes se faisant traiter pour un problème psychique (4,5% vs 6,1%), et cela plus souvent qu’auparavant par un spécialiste (63,7% vs 85,0%). Les deux tendances se voient également chez les 16–25 ans, mais ne sont pas significatives.

     L’étude Swiss Youth Epidemiological Study on Mental Health (S-YESMH) fournit des données un peu plus récentes que l’ESS 2017; il s’agit d’une enquête représentative à l’échelon national sur l’instabilité psychique (symptômes de dépression, d’anxiété généralisé et de TDAH) des 17–22 ans réalisée entre février et août 20182. Dans cette étude, 17,7% des participants ont rapporté des symptômes dépressifs moyens à sévères et 13,2% des symptômes d’anxiété généralisée au cours des deux semaines précédant l’enquête. La prévalence sur six mois des symptômes de TDAH relevée était de 8,7%. Au total, 24,7% des répondants présentaient au moins un signe d’instabilité psychique.

     Par rapport à l’ESS 2017, l’étude S-YESMH indique en particulier une plus grande proportion de personnes présentant des symptômes dépressifs (17,7% vs 13,5%). Les causes possibles de cet écart reposent sur les groupes d’âge considérés (17–22 ans vs 16–25 ans) et sur les thématiques de chaque étude (ciblant spécifiquement l’instabilité psychique vs large spectre englobant différentes questions de santé).

     Une étude sur la prévalence des troubles de l’alimentation en Suisse menée en 2010 indique qu’1,7% des 15–29 ans ont souffert d’un tel trouble au cours des douze mois précédant l’enquête (Schnyder et al., 2012). 2,0% des femmes et 1,3% des hommes sont concernés. La boulimie (0,8%) était le trouble le plus fréquent dans ce groupe d’âge, suivie de l’hyperphagie (0,8%) et de l’anorexie mentale (0,2%). Les femmes sont 1,5 fois, voire 2 fois plus touchées que les hommes.

Résumé instabilité psychique


Bien que la majorité des enfants, des adolescents et des jeunes adultes présente un niveau élevé de bien-être, 7 à 8% des 0–10 ans, 35% des 10–15 ans et 22 à 25% des 16–25 ans souffrent d’instabilité psychique ou de troubles psychoaffectifs réguliers et durables. Par rapport aux autres pays, les chiffres relatifs aux 0–10 ans en particulier sont plutôt bas. Les chiffres actuels relevés en Allemagne (2014–2017) indiquent que selon l’âge et le sexe, 14 à 22% des 3–11 ans présentent une instabilité psychique (Klipker et al., 2018). Il est peu probable que cet écart soit dû à des facteurs spécifiques à chaque pays. On suppose plutôt qu’il reflète les difficultés méthodologiques discutées en début de chapitre, qui compliquent un recensement valable et fiable de l’instabilité psychique chez les enfants. Les comparaisons internationales des autres groupes d’âge sont difficiles, car les pays évaluent souvent différemment les données malgré des enquêtes coordonnées sur le plan international (p. ex. HBSC) et l’utilisation d’indicateurs uniformes pour mesurer la santé psychique (p. ex. MHI-5). Par exemple, d’autres groupes d’âge ont été constitués pour l’évaluation, d’autres valeurs limites ont été choisies pour la classification entre psychiquement «malade» et «en bonne santé» ou le regroupement de questions individuelles en indicateurs a été effectué différemment.

Étude BELLA, Allemagne

L’étude sur le bien-être et le comportement (Befragung zum seelischen Wohlbefinden und Verhalten BELLA) est une étude de cohorte épidémiologique sur la santé psychique des enfants et des adolescents en Allemagne; elle fait partie de l’étude sur la santé des enfants et des adolescents (KiGGS) réalisée par l’Institut Robert Koch. Des informations détaillées sont recensées sur la santé psychique, sur les facteurs de risque et de protection ainsi que sur le recours aux thérapies psychiatriques ou psychologiques. Le recensement de base (2003–2006) comprend un échantillon représentatif de 2863 enfants et adolescents âgés de 7 à 17 ans. Par la suite, quatre enquêtes de suivi ont été menées (après 1, 2, 6 et 10 ans). Les participants ont donc été accompagnés de l’enfance au début de l’âge adulte. Jusqu’à présent, l’étude a notamment recueilli les informations suivantes:

  • Environ 22% des enfants et des adolescents montraient des signes d’instabilité psychique. Entre 10 et 11% d’entre eux manifestaient de l’instabilité psychique à chacune des quatre enquêtes.
  • Un tiers des enfants et des adolescents qui rapportaient des problèmes psychiques lors du recensement de base était également instables psychiquement six ans plus tard.
  • Une instabilité psychique continue sur plusieurs années a pour conséquence une détérioration de la qualité de vie et des résultats scolaires.
  • Un enfant sur trois (33%) atteint d’une maladie psychique aigüe ou récidivante et 64% de ceux souffrant d’une maladie psychique durable sont en traitement.

Par ailleurs, l’étude BELLA sert à identifier les conséquences d’une santé psychique altérée sur la santé physique ainsi que sur l’évolution psychosociale et professionnelle, à désigner des points de départ pour promouvoir la santé psychique et à développer des mesures ciblées pour protéger les enfants et les adolescents à risque.

Source: www.bella-study.org