5.4 Conclusions

Les données existantes ne permettent de tirer que peu de conclusions pertinentes sur la santé psychique des enfants, des adolescents et des jeunes adultes en Suisse. Le résultat le plus manifeste est qu’une grande majorité d’entre eux présente un bon niveau de bien-être. Cela vaut aussi bien pour l’évaluation de l’état de santé général que pour celle de la qualité de vie. Dans l'ensemble, toutefois, les données ne permettent qu'une évaluation relativement superficielle du bien-être. On ne dispose de quasiment aucunes données spécifiques sur les différentes facettes du bien-être, telles que la satisfaction face à la vie, le développement personnel ou l'autonomie.

     L’appréciation des troubles psychiques et de l’instabilité psychique est plus difficile. Des données récentes sur les troubles spécifiques font défaut et la pertinence des données sur l’instabilité psychique varie fortement selon les groupes d’âge. Ainsi, on peut par exemple établir avec un bon degré de certitude qu’en 2017, au moment de l’enquête, entre 12 et 15% des 16–25 ans souffraient de symptômes dépressifs moyens à sévères. On ne dispose d’aucune information en la matière pour les 0–10 ans et les 11–15 ans. On sait en revanche qu’en 2018, un diagnostic médical de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) a été posé chez environ 4% des 14–15 ans. Pour les autres groupes d’âge, les informations sur le TDA/H sont limitées, voire inexistantes. Vu les données disponibles, on ne peut se faire qu’une représentation fragmentée de la santé psychique des enfants et des adolescents; il est donc impossible, à l’heure actuelle, de tirer des conclusions générales pour la Suisse. Des données épidémiologiques fiables sur la santé psychique des enfants, des adolescents et des jeunes adultes seraient utiles pour planifier sur une base objective les activités de prévention et les services de santé. Les données dont on dispose aujourd’hui sont insuffisantes. En 2017, l’Obsan a compilé les travaux empiriques et les rapports publiés en Suisse entre 2006 et 2016 sur la santé et les maladies psychiques des enfants et des adolescents (cf. von Wyl et al., 2017). Le bilan était le même qu’aujourd’hui: des chiffres actuels sur la prévalence des troubles psychiques des enfants et des adolescents au niveau national font défaut. Même les données sur la fréquence et la répartition de l’instabilité psychique ne sont disponibles que dans certains cantons, voire certaines villes, et concernent exclusivement les enfants en âge scolaire. On ne sait rien de la santé et des maladies psychiques des enfants en âge préscolaire, même si l’on part du principe que les troubles psychiques sont aussi fréquents dans la petite enfance que par la suite et qu’un dépistage précoce peut avoir un effet bénéfique sur l’évolution des problèmes.

     Si l’on ne tient pas compte des résultats de l’étude Swiss Preschoolers’ Health Study (SPLASHY), qui a notamment porté sur l’instabilité psychique des 3–6 ans, et de l’étude Swiss Youth Epidemiological Study on Mental Health (S-YESMH), qui évalue la prévalence des symptômes de dépression, d’anxiété généralisée et de TDA/H chez les 17–22 ans grâce à des instruments d’évaluation, la situation n’a pas fondamentalement changé. On ne dispose que de peu de données représentatives à l’échelle nationale sur l’état de santé psychique des enfants et des adolescents. En outre, les données disponibles ne ciblent pas spécifiquement les troubles. Jusqu’à aujourd’hui, on s'est référé aux résultats de l’étude réalisée dans le canton de Zurich en 1994 et intitulée Zurich Epidemiological Study of Child and Adolescent Psychopathology (ZESCAP) et des études longitudinales réalisées sur cette base, les Zürcher Adoleszenten-Psychologie- und Psychopathologie-Studie (ZAPPS).

     L’analyse présentée ici des données actuelles de l’ESS et de l’enquête HBSC n'est qu’une interprétation rudimentaire des chiffres sur la prévalence 4. Pour pouvoir tirer des conclusions fondées sur la santé psychique des enfants et des adolescents et sur ses conséquences, il faut pouvoir disposer des résultats d’enquêtes représentatives réalisées régulièrement sur les thématiques de santé la psychique avec des instruments d’évaluation valables, fiables et adaptés à l’âge des personnes interrogées.

     Dans plusieurs pays, des études longitudinales et transversales représentatives sur l’épidémiologie des troubles psychiques ou de l’instabilité psychique ainsi que sur les soins des enfants et des adolescents ont été menées dans le cadre du monitorage la santé. Ce genre d’étude aide à planifier les mesures de prévention et de traitement. L’étude Mental Health of Children and Young People (MHCYP) réalisée en Grande-Bretagne, qui englobe les enfants dès deux ans et recense également la prise en charge en est un exemple. L’étude de cohorte transversale BELLA, menée en Allemagne (voir encadré au point 5.2), en est un autre.

  • 4. Notons ici que tant l’ESS que l’enquête HBSC couvrent un vaste champ thématique et qu’elles n’ont pas été conçues pour collecter des chiffres sur la prévalence dans le domaine de la santé psychique.